Qu’est-ce que l’Ashtanga yoga ?

Si vous n’avez jamais fait de yoga, le mot « Ashtanga » ne vous dit probablement rien pour l’instant. Ce n’est pas grave du tout. Cette page commence par le tout début : ce qu’est vraiment le yoga, pourquoi il en existe tant de sortes, et ce qui distingue l’Ashtanga de toutes les autres.
L’Ashtanga pour les débutants complets
D’abord, qu’est-ce que le yoga ?
Beaucoup de gens imaginent le yoga comme des étirements sur un tapis. C’est une partie de la réalité, mais une petite partie seulement. Le mot vient du sanskrit, la langue ancienne de l’Inde, et signifie « joindre » ou « unir ». Il y a plus de 2 000 ans, un sage nommé Patanjali a décrit le yoga comme une voie pour apaiser le mental agité. Les postures n’étaient qu’un outil parmi d’autres : un corps fort et à l’aise aide à rester assis tranquillement, à bien respirer et à se concentrer. La plupart des postures que nous connaissons aujourd’hui se sont développées bien plus tard.
Pourquoi y a-t-il autant de sortes de yoga ?
Pensez au yoga comme à la musique. La musique est une seule chose, mais le rock, le jazz et le classique n’ont rien à voir dans ce qu’on ressent. Il en va de même pour le yoga : le Hatha, l’Iyengar, le Vinyasa, le Yin et l’Ashtanga partagent les mêmes racines, mais chacun a son rythme, son accent et sa manière d’enseigner.
Beaucoup de cours que vous voyez dans les programmes des salles de sport et des studios – « Vinyasa », « Flow », « Power Yoga » – sont issus de l’Ashtanga. Apprendre l’Ashtanga, c’est donc un peu comme découvrir la chanson originale dont beaucoup d’autres sont des reprises.
D’où vient l’Ashtanga
Au début du XXe siècle, à Mysore, ville du sud de l’Inde, un professeur nommé T. Krishnamacharya enseignait le yoga au palais du maharadja local. Plusieurs de ses élèves ont ensuite façonné le yoga tel que le monde le connaît aujourd’hui. L’un d’eux, Sri K. Pattabhi Jois, a pratiqué et enseigné pendant plus de soixante-dix ans, et a développé la méthode de son maître pour en faire ce que nous appelons aujourd’hui l’Ashtanga yoga. En 1948, il a ouvert sa propre école à Mysore. À partir des années 1960 et 1970, des élèves venus d’Europe et d’Amérique s’y sont rendus et ont rapporté la pratique chez eux.
Ce qui rend l’Ashtanga différent
La même séquence, à chaque fois. Dans la plupart des cours de yoga, le professeur compose une nouvelle séquence à chaque séance. En Ashtanga, les postures se suivent toujours dans le même ordre. Cela peut paraître ennuyeux, mais c’est justement le secret : une fois que vous savez ce qui vient ensuite, vous cessez de suivre et vous commencez à observer – votre souffle, votre corps, votre mental. Et comme la pratique ne change pas, vous voyez clairement comment vous changez.
Le souffle et le mouvement ne font qu’un. Chaque mouvement est lié à une inspiration ou à une expiration. Vous respirez lentement et profondément par le nez, et le souffle donne le rythme de toute la pratique. Au bout d’un moment, cela ressemble moins à un exercice physique qu’à une méditation en mouvement.
Pas à pas. On n’apprend pas tout d’un coup. Vous apprenez quelques postures et, quand elles sont stables, votre professeur vous donne la suivante. Comme pour l’apprentissage d’un instrument, il y a toujours une étape de plus – et aucune raison de se presser.
À quoi ressemble une pratique
Chaque pratique commence par les Salutations au soleil, une courte séquence fluide qui réchauffe le corps et installe le rythme de la respiration. Viennent ensuite les postures debout, les postures assises, et enfin une séquence de clôture calme suivie de quelques minutes de repos allongé. La première série complète dure environ 90 minutes, mais en tant que débutant, vous commencez avec beaucoup moins, souvent 20 à 30 minutes.
L’Ashtanga s’enseigne de deux manières. Dans un cours guidé, le professeur compte les respirations et tout le monde bouge ensemble. En style Mysore, du nom de la ville, chacun pratique à son propre rythme dans la salle pendant que le professeur aide chaque personne individuellement. C’est un peu comme un cours particulier en groupe.
Est-ce pour moi ?
La plupart des débutants s’inquiètent des mêmes choses :
« Je ne suis pas souple. » Vous n’avez pas besoin de l’être. La souplesse, c’est la pratique qui la construit ; ce n’est pas un prérequis.
« Je ne suis pas assez en forme. » Vous commencez par une courte pratique et ne faites que ce qu’on vous a montré. Les postures peuvent être adaptées à votre corps.
« Je ne retiendrai jamais la séquence. » Vous n’avez pas à le faire au début. Vous l’apprenez petit à petit, et votre professeur vous guide.
« N’est-ce pas très strict ? » C’est structuré, pas rigide. Traditionnellement, on pratique six jours par semaine, mais deux ou trois fois par semaine est un très bon début.
Plus qu’un exercice
« Ashtanga » signifie « huit membres » (ashtau = huit en sanskrit). Ce nom vient de la description que Patanjali fait du yoga comme d’une voie en huit parties : la façon dont nous traitons les autres, la façon dont nous nous traitons nous-mêmes, la posture, le souffle, le retrait de l’attention vers l’intérieur, la concentration, la méditation et, enfin, un profond sentiment d’union. Les postures que vous pratiquez sur le tapis ne sont qu’un de ces membres – une porte d’entrée vers les autres.
Vous n’avez pas besoin de comprendre tout cela pour commencer. Mais si vous êtes curieux, voici ce que signifie chaque membre.
Les huit membres de l’Ashtanga yoga
Le sage Patanjali est considéré comme le père de l’Ashtanga yoga : dans son œuvre, « Les Yoga Sutras », il a rassemblé des enseignements issus de traditions plus anciennes (notamment les Védas) sous la forme de 196 sutras (aphorismes). Les Yoga Sutras, probablement rédigés avant l’an 400 de notre ère, sont l’un des textes anciens les plus importants du yoga : denses et profonds, un véritable trésor de connaissance et un guide précieux pour tout pratiquant.
1. Yamas
Les yamas sont des règles éthiques et des principes moraux que chacun doit observer dans ses relations et ses échanges avec les autres.
Ahimsa – Non-violence
Satya – Vérité
Asteya – Ne pas voler
Brahmacarya – Chasteté
Aparigraha – Non-possessivité
2. Niyamas
Les niyamas sont des comportements et des observances qui doivent guider la vie personnelle de chacun.
Sauca – Pureté
Santosa – Contentement
Tapas – Discipline
Svadhyaya – Étude de soi
Isvara Pranidhana – Offrir ses actions au « Divin »
3. Asana
Les asanas sont des postures physiques stables et confortables. Pour qu’une posture physique soit une asana, le pratiquant doit pouvoir la tenir longtemps, le corps immobile et l’esprit concentré. Le but de l’asana est d’apporter la santé au corps et d’en ôter la douleur, afin que l’esprit puisse rester immobile dans la méditation.
4. Pranayama
En sanskrit, « prana » signifie à la fois le souffle et la force vitale. Dans la philosophie du yoga, le souffle est considéré comme un pont, une union entre le corps et l’esprit. Le terme pranayama désigne des exercices et des techniques de respiration qui servent à revitaliser le corps, à apaiser le mental et à développer l’endurance.
5. Pratyahara
Pratyahara signifie détourner son attention des objets sensoriels extérieurs pour ramener la conscience et l’attention vers l’intérieur, examiner et observer le vrai Soi, au lieu d’être attaché aux objets et aux stimuli extérieurs et gouverné par eux. À partir de pratyahara, l’attention se porte peu à peu vers l’état intérieur et prépare le pratiquant à la méditation profonde, alors que les quatre premiers membres concernent davantage le corps et les formes extérieures.
6. Dharana
Dharana signifie concentration : fixer son esprit sur un objet, une idée ou un état particulier. L’objet de concentration peut être le souffle, un objet précis (une pierre, par exemple), un mantra ou une idée dans l’esprit du pratiquant, tout ce qui peut garder l’esprit concentré et faire cesser ses fluctuations.
7. Dhyana
Dhyana signifie contemplation, réflexion, méditation profonde, flux ininterrompu de conscience. Dharana et dhyana sont liés, le premier menant au second. Ce sur quoi l’esprit se concentre pendant dharana devient, pendant dhyana, l’objet d’une contemplation sans jugement.
8. Samadhi
Samadhi signifie rassembler, joindre, union, totalité. L’union est d’ailleurs l’un des sens du mot yoga en sanskrit. Dans le samadhi, on atteint l’unité avec l’objet de la méditation. L’objet de la méditation, la personne qui médite et l’acte de méditer ne font plus qu’un. Le méditant est si absorbé dans la méditation que l’esprit perd son sentiment d’identité et transcende les dualités. Ainsi, l’unité est atteinte.
L’Ashtanga, une pratique physique
En tant que style de yoga physique, l’Ashtanga a été codifié au XXe siècle par Sri K. Pattabhi Jois, considéré comme le fondateur de ce style.
En 1948, Sri K. Pattabhi Jois a fondé l’Ashtanga Yoga Research Institute à Mysore, en Inde, consacré à l’enseignement de cette pratique.
Les séries
Pattabhi Jois a organisé en six séries les asanas que lui avait transmises son propre guru, T. Krishnamacharya. Chaque série suit un ordre fixe de postures, et chaque série mène à la suivante.
Les six séries sont les suivantes :
Première Série (Yoga Chikitsa, ou thérapie par le yoga)
Série intermédiaire (Nadi Shodhana, ou purification du système nerveux)
Avancée A, ou troisième série
Avancée B, ou quatrième série
Avancée C, ou cinquième série
Avancée D, ou sixième série
Le professeur, dont le rôle est essentiel en Ashtanga yoga, décide quand l’élève est prêt à passer d’une asana à la suivante, et d’une série à la suivante.
Le style Mysore
Le terme « style Mysore », qui vient de la ville de Mysore en Inde où l’Ashtanga yoga a d’abord été enseigné, désigne une façon d’enseigner où chaque élève, après avoir mémorisé la série, enchaîne les asanas sans être guidé par le professeur, dans une salle remplie d’élèves appelée « shala ». Le rôle du professeur est d’accompagner, d’enseigner de nouvelles postures, de faire des ajustements physiques et d’aider chaque élève à construire peu à peu sa propre pratique.
Tristhana
En sanskrit, tri signifie « trois » et sthana « lieu ». Le terme tristhana désigne les trois points d’attention principaux de l’Ashtanga yoga : la posture (asana), la respiration et le regard (drishti). La posture stabilise le corps, la respiration stabilise le système nerveux et le regard stabilise l’esprit.
Asana
Asana désigne une position dans laquelle on se tient en respirant. On distingue l'« asana sthiti » (l’état de la posture), qui est immobile, et le « vinyasa ». Vinyasa signifie bouger avec le souffle : c’est la manière d’entrer dans chaque posture et d’en sortir. En Ashtanga yoga, chaque mouvement correspond à une respiration précise – inspiration ou expiration – et le pratiquant apprend le vinyasa en même temps que les asanas : le souffle et le mouvement ne font plus qu’un. Plus le pratiquant maîtrise ce lien entre respiration et mouvement, plus la pratique devient fluide et sans effort, une méditation en mouvement.
La respiration
La respiration doit être lente et profonde, l’inspiration et l’expiration se faisant par le nez et en produisant un son. Ce son vient de la glotte, l’ouverture des cordes vocales en haut du larynx.
Le regard
Le regard (« drishti » en sanskrit), c’est-à-dire le point que l’on fixe pendant une asana, est très important en Ashtanga yoga. Quand les yeux se posent sur un point précis, l’esprit lui aussi se concentre et s’apaise peu à peu.
La purification
Pratiquer les asanas et bouger avec le souffle de manière fluide a pour but de brûler les toxines grâce à la chaleur interne ainsi produite. Selon Pattabhi Jois, avec la chaleur et la transpiration, le sang se réchauffe et bouillonne, les toxines sont éliminées et le corps devient sain et vigoureux.